Groupe de soutien

PORTRAIT

Sylvie Allouche, animatrice du groupe de soutien pour personnes aidantes à Vancouver Nord

Peux-tu me donner ta définition d’une personne aidante?
C’est une personne qui aide un proche ou un membre de sa famille.
Une personne aidante offre son temps sans aucune limite ni contrepartie financière.
Par exemple une mère qui prend soin de son enfant handicapé ou d’un parent malade, atteint d’Alzheimer ou de démence.
Lorsque des adultes perdent certaines facultés, ils ont besoin d’aide pour faire leurs courses, se rendre à des rendez-vous médicaux ou encore remplir des papiers ou faire des démarches juridiques.

Est-ce facile de se définir comme une personne aidante? Pourquoi?
La personne aidante ne se rend pas compte qu’elle est une personne aidante car pour elle c’est naturel d’aider son proche. Ici en Colombie-Britannique, en plus des aidants qui assistent leurs proches qui vivent proches d’eux géographiquement, il y a beaucoup de personnes aidantes à distance.
Ces personnes aident des membres de leur famille dans une autre province ou dans un autre pays. Ces personnes aidantes ont à gérer une charge émotionnelle importante, elles se sentent parfois coupables d’être loin géographiquement. Elles doivent aussi faire face à des dépenses supplémentaires comme par exemple les frais de voyage. Bien souvent elles ne réalisent pas qu’elles sont personne aidantes, c’est en discutant avec elles qu’elles prennent conscience qu’elles sont concernées.

Quelles raisons t’ont poussées à animer un groupe de soutien pour personnes aidantes?
C’est une opportunité que j’ai eue grâce à l’organisme Réseau-Femmes. Je suis bénévole auprès de Réseau-femmes depuis plusieurs années et j’ai eu la chance de participer à leur formation sur les personnes aidantes et les groupes de soutien de janvier 2018. En tant que coach de vie PNL depuis plus de 19 ans, j’ai à cœur d’aider les autres. J’ai une affection particulière pour les personnes âgées. Leur dépendance et leur vulnérabilité me touchent, j’ai envie de les aider comme eux ont aidé d’autres personnes au cours de leur vie.

Peux-tu nous dire quelles sont les principales raisons pour lesquelles les personnes aidantes se tournent vers les groupes de soutien?
Ma première action en tant qu’animatrice de groupe de soutien de Vancouver Nord a été d’aller chercher des personnes aidantes. Les personnes aidantes sont souvent des femmes qui travaillent ou sont occupées, elles sont déjà débordées par la gestion de leur vie et bien sûr par la charge de travail que représente le fait d’aider une personne dans le besoin.
Ma seconde action est de les convaincre de prendre un temps de répit pour elles, pour venir aux groupes de soutien pour échanger sur leur vie de personne aidante.
Enfin, quand elles viennent la première fois c’est difficile pour elles de parler et d’exprimer ce qu’elles ressentent. En tant que personnes aidantes, elles ne trouvent pas naturel de se faire aider.
C’est pour cela que je suis ravie de la mise sur pied du programme « Aider sans se brûler« . C’est comme une pastille de vitamine ce programme pour les personnes aidantes!

Une fois que les personnes aidantes sont venues à la première session, est-ce qu’elles reviennent?
Oui et non, lors de la première session certaines personnes réalisent qu’elles ne sont pas prêtes ou pas à leur place. Je dirais que le cœur des personnes aidantes de mon groupe qui aidaient leurs parents sont venues aux 6 sessions. Elles adoraient les rencontres et utilisaient ces réunions pour s’entre-aider entre elles, apprendre et s’échanger des conseils. Cette mise en commun d’information les a beaucoup aidé dans leur quotidien et dans la gestion de leurs émotions.

Y-a-t il des ressources autres que les groupes de soutien pour les personnes aidantes?
En français, non il y a peu de ressources. En anglais je sais qu’il y a des groupes de soutien pour les personnes qui prennent soin de proches atteints d’Alzheimer.

En quoi consiste ton travail auprès des personnes aidantes lors des groupes de soutien?
Offrir une espace de synergie, les personnes aidantes se rendent compte qu’elles ne sont pas seules. La mise en commun et l’échange des ressentis de chacune leur permet d’alléger leur charge mentale et émotionnelle. Je leur apprends à gérer leurs émotions comme la culpabilité ou la peine. Elles apprennent surtout à prendre soin d’elles.

As-tu fait des études ou suivi une formation particulière?
Je me suis beaucoup appuyée sur cette formation pour les personnes aidantes sur 2 jours offerte par la Coalition des Femmes de l’Alberta de janvier 2018.

Quel a été ton cheminement professionnel ?
J’ai travaillé en entreprise pendant longtemps. Puis je suis devenue coach de vie certifiée indépendante, j’aide les personnes à atteindre leurs objectifs personnels. Mon expérience en animation et en accompagnement aux personnes a été un atout pour moi lors de la création du groupe de soutien. Au début, les participantes n’osaient pas parler, j’ai alors créé un cadre de bienveillance où chacune est écoutée et chaque prise de parole respectée. Elles ont commencé à se sentir en confiance et la synergie du groupe de soutien a suivi.

Qu’aimes-tu le plus dans ton travail avec le groupe de soutien ?
À la fois, voir que les personnes étaient ravies d’êtres venues et assister à la création de la synergie du groupe. J’ai pu observer un avant et un après groupe de soutien. En tant qu’animatrice, j’ai été témoin de l’évolution de chacune. Le groupe de soutien leur a appris à prendre des pauses, à prendre soin d’elles et les a outillées pour faire face à leurs différents défis.

Quel est ton plus grand défi ?
Le recrutement de personnes aidantes, leur faire prendre conscience qu’elles sont des personnes aidantes. Il faut réellement les convaincre des bienfaits du groupe de soutien pour qu’elles décident de venir et comprennent leur intérêt à participer. Certaines d’elles étaient réticentes car elles se sentaient coupables de se faire aider ou de parler d’elles.

As-tu une anecdote ou une blague à partager avec nous ?
Une des participantes, prenait soin de son mari atteint de la maladie d’Alzheimer, elle ne pouvait pas venir à chaque rencontre mais elle a été la plus surprise de l’impact qu’a eu le groupe de soutien sur elle.
Elle ne pensait pas en retirer autant de bénéfices. Lors des moments de partage, une jeune femme a repris ce qu’elle avait dit lors d’une session précédente et elle s’est vraiment sentie émue que ses propos aient pu aider une autre personne. J’ai vraiment envie de dire : Laissez-vous surprendre par le groupe de soutien!

Quelle est la réaction des personnes aidantes quand tu leur dis que tu peux les servir en français?
Je pense que c’est un énorme avantage pour elles. Lorsqu’on a besoin d’aide, c’est qu’on se trouve dans une position vulnérable et délicate. C’est toujours réconfortant de pouvoir s’exprimer sur un sujet aussi personnel dans la langue de son choix.

Sachant que l’accès aux services de santé en français est difficile en C.-B., comment te-sens-tu quand on te dit que tu fais partie de la solution?
J’aime beaucoup travailler en français que ce soit auprès des organismes comme Réseau-femmes ou des personnes. Je me sens légitime et responsable d’aider en français. J’ai la chance de pouvoir travailler en français 95% du temps.
Je suis heureuse de faire partie de la solution, on se sent toujours bien quand on aide les autres. C’est donc avec plaisir que je vais continuer de parler du programme « Aider sans se brûler« et d’aider les personnes aidantes malgré elles autour de moi. Bravo à Réseau-Femmes pour ce beau programme.

Renseignements sur Sylvie Allouche :
Lien vers son site Internet: http://www.sylviecoachpnl.com/fr/
Propos recueillis par Vanessa Groult